Patrick Marber : revue de « Dealer’s Choice »

« Dealer’s Choice » est la première pièce écrite par Patrick Marber, dont la première présentation a eu lieu au National. À première vue, la pièce relate l’histoire d’un groupe d’hommes dépendants au jeu d’argent, illustrée par une soirée de poker. Mais, elle met aussi en exergue le problème de déficiences psychoaffectives des hommes, mais surtout les mésententes entre les pères et les fils.

« Dealer’s Choice » : une pièce riche en personnages

La pièce met en scène divers personnages qui chacun à leur manière souffrent d’un défaut psychologique et d’une addiction au jeu d’argent, notamment le poker. « Dealer’s Choice » est l’histoire de Carl, un joueur invétéré devant une somme de quatre millions à un joueur professionnel, et de son père restaurateur, Stephen.

L’histoire commence lorsque le fils emmène des joueurs professionnels, dont Ash, à la soirée de poker, qui a lieu chaque fin de semaine dans la cuisine du restaurant de son père. Ils sont rejoints par d’autres joueurs, dont deux serveurs Frankie et Mugsy et le chef Sweeney. Si Mugsy accumule les pertes d’argent, Sweeney n’est pas mieux. Incapable de se contrôler, il risque même l’argent destiné à sa fille sur une table de poker.

À la découverte de la psychologie des accros au jeu

Le plus attractif dans cette pièce est la manière dont l’auteur, Patrick Marber, a su individualiser chaque personnage pour finalement permettre une anatomie psychologique du genre masculine. Vous y trouverez un père à l’apparence réservée, mais qui contre toute attente semble être plus dépendant au jeu qu’il ne laisse paraître.

Un fils malhonnête totalement addict qui va conduire ses amis et son propre père au bord de la ruine en introduisant un joueur professionnel dans leur petit cercle. Un personnage stupide, Mugsy, un éternel optimiste qui a une grave dépendance à la perte. Un joueur obsessionnel incapable de s’arrêter même en étant conscient de dommages qu’il cause à sa famille, Sweeney, le père de Frankie. Ce dernier, malgré les pertes de son père, continue son jeu.

Une histoire pleine d’émotion et d’humour

L’attrait de la pièce se trouve d’une part dans la personnalité de chaque personnage. Et d’autre part dans l’environnement choisi par l’auteur. En effet, « Dealer’s Choice » se déroule dans un monde d’homme dominé par leur côté machiste, l’addiction au jeu et la rivalité masculine. Mais, cette scène chargée d’émotion est apaisée par la performance divertissante de Stephen Wight jouant le serveur Mugsy. Rappelons que ce dernier avait pour objectif d’ouvrir son propre restaurant.

Un projet qui malheureusement pour lui restera un fantasme. Patrick Marber a su capturer et mettre dans une scripte les relations fraternelles et paternelles déjà compliquées, mais qui sont encore éprouvées par une situation où chacun semble avoir perdu le contrôle. « Dealer’s Choice » peut être vu sous deux angles différents selon le spectateur. D’un côté, il illustre à merveille la difficulté d’être un père et la complexité d’être un fils. De l’autre côté, il peut montrer une situation perverse où les personnages s’intoxiquent les uns des autres.

On peut par exemple prendre la situation de Mugsy qui perd encore et encore, et Carl, qui veut le garder dans le jeu, lui paie ce qu’il lui doit. Alors qu’au final, Mugsy va une fois de plus perdre son argent face au redoutable Ash, le joueur professionnel. Pour finir, on ne peut que féliciter la qualité de la mise en scène de la pièce par une présentation bien conçue des personnages. En effet, Tom Piper a su valoriser l’espace où « Dealer’s Choice » prend vie, c’est-à-dire le restaurant et sa cuisine.